
18 Juillet 2002. David Bowie se produit lors de la 36ème édition du Festival de Montreux. Un mois auparavant est paru Heathen, album à la beauté austère et théâtre des retrouvailles avec Tony Visconti.
Voici ce que disait Arnaud Robert de cette unique prestation dans l'article accompagnant l'album live previously unreleased (comme disent nos amis anglo-saxons) inclus dans la boxset I Can't Give Everything Away (2002-2016).
David for life. Le concert de cet été, dans le cadre du Montreux Jazz Festival, trois heures de Bowie, jeudi, à l'Auditorium Stravinsky.
Le moulin à rumeurs tourne. Un concert 5 étoiles dont les places se sont vendues en quelques heures. David Bowie à Montreux. David de retour à la maison pour ainsi dire. Sur la place de la cathédrale, tout le monde à l'Auditorium Stravinsky retient son souffle, des revendeurs essayant de tirer partie des dernières places. Les quelques concerts qu'il a donné récemment ont déjà donné lieu à deux théories : soit le centurion stellaire prodigue ses hits patinés, entrecoupés de son dernier né, Heathen. Jukebox athlétique. Ou la solution radicale : Heathen dans son intégralité et tout l'album Low, enregistré à Berlin en 1977. Il y a tout un monde dans cette alternative. Bowie ne choisit pas.
Trois heures définitives, presque un spectacle d'adieu durant lequel il donne à un public stupéfait ce à quoi il ne s'attendait pas. En t-shirt blanc et veste noire d'où sort de la poche la chaîne d'une montre à gousset, David Bowie surpasse toutes les attentes. A 55 ans, il est plus beau que sa propre légende, plus fringant que son passé. Il y a un pouvoir indescriptible dans ses poses enfantines à la Dorian Gray. La foule se tourne vers l'écran argenté, trans-fixée. "Rien n'a changé" chante Bowie dans l'introductif Sunday, attendant l'impact. Il fait semblant de tout donner, fixant l'audience et chuchotant "Vous savez que vous êtes toujours bienvenus chez moi". Chacun sait qu'il ne devrait pas faire attention à de tels propos péremptoires et que Bowie a presque inventé la pop rhétorique. Inutile de lutter. "He's in the best selling show" chante-t-il. Les lyrics de Life On Mars, comme la plupart des chansons sélectionnées ce soir résonnent avec le moment. Depuis les 70's, Bowie a dramatisé son statut d'icône. Il faut comprendre ses mots comme une réponse à son incongruité : plusieurs milliers de personnes, rêvant de ne plus jamais être ailleurs.
La plupart de ses hymnes symboliques sont interprétés : un anthologique China Girl, Starman, Changes, Fame... Puis les refrains d'aujourd'hui, en grande pompe. Mike Garson, pianiste de longue date construit des solos à la Chopin, à la Rachmaninov. Personne, y compris lui, ne se moque de son style vestimentaire. Ça n'a pas d'importance. La magie fonctionne, même si quatre neurones récalcitrants chuchotent dans votre oreille que quelque chose se passe. Et puis la voix de Bowie ne ment pas. Pendant un moment, nous nous rappelons Ziggy dont le refrain en canon clos le premier rappel. En 1972, sa voix sur cette même chanson cultivait son acidité, sa liqueur granuleuse. Aujourd'hui, il côtoie Sinatra, Scott Walker et tous les crooners. A 55 ans, Bowie injecte de l'obscurité dans nos veines. Il ne croit plus au dieu des paillettes où à la déesse du mascara. Mais il n'en a pas encore fini. L'Auditorium rugit et éclate d'un rire étonné. Il ondule, prend la pose, frétille avec sa bassiste Gail Ann Dorsey. Jamais une star faisant preuve d'une arrogance de dandy n'a semblé moins éprise. Bowie aime se surprendre. Il quitte la scène après un rappel de quatre titres. Le parquet tremble. Dix minutes d'applaudissements et il réapparaît dans un silence glacial, vêtu d'un manteau rouge sur un fond noir, manipulant un synthétiseur avec un doigt. Un long thème instrumental introduit la tournure finale. En rappel, Bowie se lance dans Low (Les 10 chansons - Weeping Wall ayant été omise - sont ici jouées dans un ordre différent de celui de l'album - NDR).
Le tour époustouflant et glorieux d'un album rare, sans doute moins charismatique que Let's Dance interpréte il y a quelques minutes. Une éternité en fait. Un accord suffit pour que la salle entière, jusqu'aux balcons tranquilles sache que les choses ont pris une tournure inattendue. Juste une seconde pour qu'un grand concert devienne mythique. Dès le début, l'interprétation débridée de Low, premier volet du fameux triptyque Berlinois, divise le public. Épuisés après tant de couplets exaltants, certains quittent la salle. Beaucoup d'autres savourent le moindre indice de ce retour à l'effroi. Bowie se met en danger, distillant des chansons écrites avec Brian Eno en pleine période punk. Les précieux vestiges du siècle dernier.
Stef B.![]() Plus d'infos à propos de l'auteur ici |
Tracklist :
Disque 1 :
1. Sunday
2. Life On Mars?
3. Ashes To Ashes
4. Cactus
5. Slip Away
6. China Girl
7. Starman
8. I Would Be Your Slave
9. I've Been Waiting For You
10. Stay
11. Changes
12. Fashion
13. Fame
14. I'm Afraid Of Americans
15. 5:15 The Angels Have Gone
Disque 2:
1. "Heroes"
2. Heathen (The Rays)
3. Everyone Says "Hi"
4. Hallo Spaceboy
5. Let's Dance
6. Ziggy Stardust
7. Warszawa
8. Speed Of Life
9. Breaking Glass
10. What In The World
11. Sound And Vision
12. Art Decade
13. Always Crashing In The Same Car
14. Be My Wife
15. A New Career In A New Town
16. Subterraneans
Line Up :
David Bowie : chant, guitare acoustique et harmonica
Earl Slick : guitare
Mark Plati : guitare rythmique, guitare acoustique, basse et voix
Gerry Leonard : guitare
Gail Ann Dorsey : basse, guitare rythmique, clavinet et voix
Sterling Campbell : batterie et percussions
Mike Garson : piano et claviers
Catherine Russel : Claviers, percussions et voix
Label : Parlophone - CD intégré dans le coffret I Can't Give Everything Away (2002-2016)
Sortie : 12/09/2025
Production : Claude Nobs et Thierry Amsallem
Discographie :
1967 : David Bowie
1969 : Space Oddity
1970 : The man who sold the world
1971 : Hunky Dory
1972 : The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars
1973 : Aladdin sane
1973 : Pin ups
1974 : Diamond dogs
1975 : Young Americans
1976 : Station to Station
1977 : Low
1977 : "Heroes"
1979 : Lodger
1980 : Scary Monsters (and Super Creeps)
1983 : Let's Dance
1984 : Tonight
1987 : Never Let Me Down
1993 : Black Tie White Noise
1993 : The Buddha of Suburbia
1995 : 1. Outside
1997 : Earthling
1999 : 'Hours...'
2002 : Heathen
2003 : Reality
2013 : The Next Day
2016 : Blackstar
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