Derrière le projet Tio Manuel se cache Manuel Castillo, un personnage unique dans le paysage musical hexagonal. Sa musique va bien au-delà de nos frontières et mélange le blues américain, le rock urbain et les influences hispaniques pour évoquer les grands espaces désertiques. On the road !
Tu as commencé la musique dans les années 80 au sein groupe Punk, WUNDERBACH, pour arriver au projet TIO MANUEL (mariage de blues, de rock mâtiné d’influences hispaniques). Comment s’est fait cette évolution de « Punk à Tex-Mex » ?
C’était l’ère du Punk anglais lorsque, adolescent, j’ai commencé l’apprentissage de la guitare. J’étais attiré par cette énergie et, comme la technique passait au second plan, ça permettait de monter rapidement des projets pour jouer sur scène. C’est à l’occasion d’un festival en banlieue parisienne que j’ai fait la connaissance du groupe WUNDERBACH qui était à la recherche d’un guitariste. On a passé de belles années ensemble au cours desquelles j’ai côtoyé les groupes de la scène punk parisienne, OBERKAMPF et LA SOURIS DEGLINGUEE.
Ensuite, l’envie de faire autre chose est arrivée et j’ai monté OUTSIDERS, un groupe de Punky Reggae Rock dans la veine du groupe anglais, THE RUTS. J’ai cru très fort dans ce projet mais ça n’a pas décollé. En réaction, j’ai arrêté la musique pendant un moment pour finalement y revenir en courant car tous mes amis jouaient de la musique (rires).
Au début des années 2000, j’ai initié le projet TIO MANUEL avec un 1er album dans lequel se mélangeait mes envies et ce que j’avais fait jusque-là, un mélange de rock, un peu de reggae ska et une énergie punk.
Le projet s’est affiné au fil des années et des albums pour parvenir au son bluesy et folk que j’ai aujourd’hui et qui me convient pleinement. Sans oublier le côté tex mex lié à mes origines espagnoles auxquelles je tiens. Je me plais à surfer entre les courants musicaux d’Amérique du Nord et du Sud.
Alors que ton projet TIO MANUEL existe depuis le début des années 2000, tu fais un passage dans LA SOURIS DEGLINGUEE en 2014 et 2015. Par nostalgie du Punk ?
Non, par amitié. Je voyais toujours mes amis du milieu punk dont Luc qui a été mon ami pendant 40 ans (NB : Taï-Luc chanteur et guitariste disparu en décembre 2023). Selon moi, LSD est davantage un groupe de rock notamment sur les premiers albums où ils sonnent comme un groupe de la rue et du pavé parisien. Je n’ai pas hésité un instant lorsque mes potes m’ont appelé en 2014 pour une tournée qui s’est terminée par un Olympia sold-out. De sacrés souvenirs !
Les influences rock latino de ta musique et sa dimension cinématographique font penser aux films de Robert Rodriguez et à l’univers musical de Tito Larriva. Des références que tu apprécies ?
Totalement. Mes origines sont de Tabernas en Espagne, dans la province d’Almeria, un lieu mythique où ont été tournés de nombreux films pour le cinéma. Alors forcément, les films de Rodriguez m’inspirent et m’influencent. Je suis totalement dans mon univers avec ses films, mais aussi certains de Tarantino, et la bande son signée TITO & TARANTULA.
Le hasard est que j’ai été en contact avec Tito il y a quelques mois. Qui sait, peut-être qu’il y aura un jour une tournée commune TITO & TARANTULA et TIO MANUEL. Je vais me faire plaisir si ça arrive (rires).

Ton évolution musicale me fait penser à celle de WILLY DEVILLE. Une approche très rock à l’époque du groupe MINK DEVILLE avant de se lancer en solo et d’introduire davantage de sonorités folk et hispaniques.
WILLY DEVILLE fait aussi partie de mes influences. J’écoutais déjà MINK DEVILLE et « Spanish Stroll » lorsque je jouais du punk. D’ailleurs, je me suis inspiré du personnage de Rosita de cette chanson pour composer le titre…« Rosita » de mon album « ¡Asi es la vida! ».
Tu chantes en anglais, en espagnol parfois en français et souvent en « Spanglish ». Comment t'est venue cette idée de mélanger Espagnol et Anglais ?
Au début de TIO MANUEL, mes chansons étaient en espagnol car je n’osais pas écrire des textes en anglais même si j’ai toujours rêvé de chanter dans cette langue. Par un hasard que je ne m’explique toujours pas, j’ai été invité à jouer au festival South by Southwest à Austin (Texas) en 2007. Des musiciens latinos mais habitants aux Etats-Unis étaient à l’affiche et tous chantaient en Spanglish. J’ai trouvé ce mélange incroyable en termes de rythmique, de son et de couleur. Un des musiciens m’a expliqué que ce qui compte est la musicalité des mots peu importe que tu chantes en espagnol ou en anglais. Je me suis mis à mélanger les deux langues à partir de l’album « 3 Cosas » et je continue depuis avec le même plaisir.
Ton nouvel album, le 9ème, s’appelle « The Track of the Magnificent 9 ». Que signifie ce titre ?
Je m’amuse toujours à numéroter mes albums et je cherchais, sans trouver, un titre fun avec le chiffre 9. J’ai repensé au film ‘The Magnificent 7’ (Les 7 mercenaires). Pourquoi 9 ? Car nous sommes 9 à intervenir sur le disque en comptant mon chien qui apporte sa contribution avec ses aboiements sur « Louisiana Blues » (rires). Je me suis dit que sur « la piste des 9 magnifiques » serait un titre marrant sans aucune prétention.
Quels sont les disques qui ont tourné sur ta platine et qui t’ont influencé pendant la phase de composition de cet album ?
J’ai pas mal écouté d’Americana, de Folk et de Country. Tony Joe White, Tom Petty, des vieux Neil Yong, des artistes des années 50 passés par le Sun Studio. The Black Keys, Hermanos Guttiérrez, The BellRays aussi que j’aime beaucoup. Il y a eu aussi Muddy Waters dont j’ai repris « Louisiana Blues » sur l’album. Bref, j’écoute sans cesse de la musique et j’aime alterner entre des trucs calmes et du gros son.
Quels sont les sujets/thèmes abordés dans les titres de « The Track of the Magnificent 9 » ?
Tout comme les précédents, je raconte des histoires.
« The Moorland » évoque la Bretagne où je me suis installé. Ce nouvel environnement m’a vidé la tête et donné un nouvel élan.
Pour les paroles de « Once Upon A Time », je me suis inspiré de l’écrivain américano-mexicain Luis Alberto Urrea. Je me suis plongé dans son recueil de poèmes inachevés, « The Tijuana Book of the Dead » qui regorge d’idées. Cela m’a donné l’inspiration nécessaire pour y mettre les ingrédients tex-mex : du mexicain, du désert, des cactus, des araignées et des serpents à sonnette (rires)
Mon imaginaire s’est aussi nourri du livre « Satan dans le désert » de Boston Teran et des séries « Breaking Bad » et « Better Call Saul » pour écrire cet album.

Ta musique est souvent une ode aux grands espaces américains. As-tu des images en tête lorsque tu composes la musique ?
Totalement, tu ne peux pas écrire des chansons sur des grands espaces si tu n’as pas les images. Je n’ai pas besoin de prendre l’avion pour voyager. Il me suffit de prendre ma guitare et de fermer les yeux. Je suis un peu barré (rires).
L’émotion est présente sur « Polvo en el Alma ». En quoi ce titre est particulier ?
Il traite de la maladie d’Alzheimer dont souffre ma mère. J’ai failli l’écarter car il aborde un sujet très personnel.
Ta façon de chanter est différente sur « Big Easy » avec des passages presque murmurés et en français. C’était une évidence de chanter en français cette chanson dédiée à la Nouvelle Orléans ?
J’ai pas mal baroudé aux Etats-Unis et à la Nouvelle Orléans. Il y règne, en été, une moiteur, une atmosphère humide et chaude qui te pousse à paresser d’où son surnom « Big Easy » et qui m’a inspiré ce chant traînant. Je suis assez satisfait car c’est la 1ère fois que je réussis à chanter en français.
Tes albums sont publiés par EL TIO ASSOCIATION, une structure que tu as créé en 2020. Pourquoi avoir fait le choix d’éditer ta musique sans passer par un label ?
Je suis un musicien indépendant depuis mes débuts même si j’ai déjà été sur des labels. Je n’ai jamais été pleinement satisfait de leur travail et, en dehors de cela, rares sont les labels intéressés par ce style de musique. Cette situation et mon côté « Do It Yourself » m’ont amené à créer ma propre structure qui me permet de gérer tous les aspects de ma carrière. Je n’ai aucun intérêt à avoir un label dans la mesure où je suis mon producteur et je finance tout moi-même.C’est une situation saine qui me convient.
Les musiciens qui t’accompagnent sont les mêmes depuis quelques années. (Gilles Fégeant, Guitares, Rudy Serairi, Basse et Christophe Gaillot, Batterie). Est-ce que cela reflète un besoin de retrouver une identité de groupe après avoir porté le projet seul pendant des années ?
Je pense que c’est important. Cette stabilité entretient notre amitié et elle crée une énergie entre nous qui se ressent sur scène où nous pouvons nous permettre d’improviser. C’est essentiel de proposer aux gens, qui payent pour te voir en concert, un spectacle qui tourne et qu’ils ressentent la chaleur et la complicité qui existe entre les musiciens.
Il t’arrive de jouer en duo, accompagné de Gilles Fégeant (guitare) sous le nom de « Dos Tios » qui est le titre de l’album acoustique que vous avez enregistré en 2017.
J’ai pensé à cette configuration en duo car les organisateurs de concerts n’ont pas toujours les moyens financiers pour programmer le groupe au complet. Il nous a fallu, avec Gilles, repenser le répertoire pour l’adapter au format acoustique. On a aussi pensé que ce serait bien d’avoir de la nouvelle musique à présenter pour illustrer ce que nous pouvions proposer.
On s’est retrouvé dans le studio Garage à Paris pour enregistrer en live, à l’ancienne. Un micro pour chacun et un autre au milieu de la pièce pour l’ambiance. L’album a été mis en boîte en une journée seulement, je n’arrivais pas à y croire. C’est un disque que j’aime encore beaucoup.
Est-ce que tu as envie de t’engager davantage dans cette voie et, pourquoi pas, écrire de nouvelles musiques dans le prolongement de « Dos Tios » ?
Cela me traverse l’esprit à chaque fois que je joue avec Gilles dans cette configuration. Mais pourquoi pas avec le groupe en enlevant tout ce qui est électrique et en ajoutant une contre -basse, une caisse claire avec ballet et quelques percussions pour un résultat plus dépouillé. A voir ce que l’avenir nous réserve mais c’est possible. De toute façon, tout est toujours ouvert chez moi, c’est mon côté espagnol qui ressort (rires).
Tu seras encore sur la route pour quelques dates d’ici la fin de l’année. As-tu des projets de tournée pour l’année prochaine ?
Pas mal de projets dans les tuyaux mais rien de signé pour l’instant. Je reste prudent mais je suis assez optimiste sur des futures dates en France et en Europe (Allemagne, Belgique, Pays-Bas…). De belles choses nous attendent, j’en suis convaincu.
SITE OFFICIEL / BANDCAMP TIO MANUEL

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Line Up :
Tio Manuel (chant, guitare)
Gilles Fégeant (guitare)
Rudy Serairi (basse)
Christophe Gaillot (batterie)
Discographie :
Rumba Urbana (2002)
¡Asi es la vida! (2004)
3 Cosas (2008)
4 Stones (2013)
The Ian Ottaway Project (2015)
Dos Tios (2017)
The 7th Road (2019)
Tio Manuel live at Epinal (2022)
¡Ocho! (2023)
The Track Of The Magnificent 9 (2026)
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