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prophecy fest 2026 3 5 septembre balver hoehle allemagne

Le Prophecy Fest est un festival qui nous a toujours fait de l'œil. Déjà parce que Prophecy Productions, qui l’organise, est un label de référence en matière de musiques sombres et que 95% de ce qui sort chez eux, même si l’on n’en est pas  toujours fan, a le mérite d’être intéressant et original.

Et puis surtout, c’est le concept de faire un festival dans une grotte qui nous avait particulièrement intrigués ! En effet, ce petit festival a lieu à la Balver Höhle (la grotte de Balve dans la langue de Goethe). Plus grande salle culturelle naturelle d'Europe, cette caverne calcaire fut fréquentée par les Néandertaliens, hantée par la faune glaciaire, et traversée par la légende du forgeron Wayland, dont les coups de marteau résonnaient dans la pierre bien avant que la première guitare électrique ne vienne y chercher un écho. Ce cadre fait rêver !

Par contre, quand on habite à Toulouse, ce n’est pas à côté. En effet, Balve est située dans la très belle région du Sauerland, une zone de moyenne montagne dans l’ouest de l’Allemagne à 80km au sud de Dortmund, dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Et jusqu’à présent, les dates du festival tombaient en même temps que celles du Pyrenean Warriors Open Air. Certes musicalement, ça n’a rien à voir. Mais quand on écoute de nombreux styles de metal différents, on s’y retrouve dans les deux festivals. Et la proximité géographique et humaine fait que le PWOA est toujours privilégié. Mais pour cette édition 2026, les Allemands ont eu la riche idée d’avancer le Prophecy d’une semaine. Il n’y a donc plus de clash de dates. C’est encore mieux : on peut enchaîner les deux festivals !
En tout cas, dès qu’on a vu que la date du Prophecy se libérait, nous avons soigneusement coché les dates du 3 au 5 septembre 2026.
Cela demandait quand même un minimum d’organisation. Nous avons pris l’avion de Toulouse jusqu’à Düsseldorf et de là, nous avons loué une voiture jusqu’à notre logement dans le Sauerland (dans la très agréable ville d’Arnsberg, à une vingtaine de kilomètres de Balve) puis jusqu’au festival. C’est l’occasion aussi de faire un peu de tourisme et de découvrir une très jolie région.

Pour cette découverte du Prophecy Fest, en tout cas le programme est alléchant. L'édition 2026 alignait plus de vingt groupes  de dark folk, doom, black metal, rock psychédélique, avant-garde, néoclassique et autres styles dark. Le slogan du festival, c’est “The home of dark and beautiful music” et c’est tout à fait ça !

Outre le fait que le lieu soit spécial, les concerts prévus le sont, entre albums joués en intégralité, reformations ou concerts d’adieu.  Le fait que le festival soit organisé par un label et que 90% des groupes à l’affiche soient chez eux facilite grandement les choses. Et ça permet à des groupes très underground de grande qualité d’avoir une belle exposition et de jouer dans des conditions optimales.

Jeudi 3 septembre

Le jeudi ne se déroule pas dans la grotte, mais sur la prairie avoisinante. C'est une soirée spéciale : la Prophetic Overture ! Prélude en plein air, ouverture en douceur avec bière de bienvenue, barbecue, et musique en fond dans une atmosphère particulièrement familiale. Autre signe que le Prophecy Fest prend soin de ses festivaliers : lors de la remise du bracelet est remis à chaque visiteur un livret de bienvenue. Il s’agit d’un coffret cartonné magnifiquement illustré avec compilation des groupes présents au festival en double CD, des photos et un mot de chaque groupe. Ça fait un bon support de dédicace (surtout qu’on croise les artistes tout au long du festival) et un très bel objet souvenir.

Après la récupération des bracelets, on aperçoit la grotte, qui est encore fermée. Longeant le camping, nous finissons par accéder à la prairie où se tiennent les hostilités. Avec du Pink Floyd en musique de fond, on voit donc un rassemblement de gens habillés tout en noir, avec de nombreux tee-shirts qu’on n’est pas trop habitués à voir à des concerts de metal en France. Beaucoup ont ramené leurs mini-barbecues et font griller des saucisses et on est dans une atmosphère très cool, détendue et familiale en mode dark hippies.
Et surtout, c’est le jour de la Welcome Drink ! Les festivaliers ont accès gratuitement et jusqu'à épuisement des fûts à la bière locale brassée en exclusivité par la Landbrauerei Tobias Mohrmann, en collaboration avec Markus Stock d’Empyrium. Et elle est bonne ! Il y a deux styles différents, en fait : une blanche et une pale ale qui sont toutes les deux au top. Pas de mauvaise pils ici, et ça montre que les Allemands sont aussi capables de faire dans les bières artisanales quand ils s’en donnent la peine. Ce qui est paradoxal, c'est que de la très bonne bière est offerte le premier soir du festival alors que la bière pas terrible (même si c’est loin d’être la pire) sera payante les jours suivants !

Niveau programmation musicale, par contre, ça ne va pas être franchement metal… Mais c’est bien quand même ! C’est en tout cas assez rudimentaire puisque les artistes jouent sous une simple tonnelle. Les concerts pour la Prophetic Overture, c’est vraiment pour la musique de fond. Sauf à être fan ultime de neofolk, il ne faut pas s’attendre à des concerts d’anthologie qui resteront dans les mémoires. Ca, ce sera pour les jours suivants.

A signaler aussi qu’une séance de yoga avec du dark folk et du doom en fond sonore était organisée, mais nous sommes arrivés trop tard et n’avons donc pas pu voir ce que ça donnait.

 

À 18 h 15, le Finlandais NEST ouvre la programmation musicale. C'est de la musique de feu de camp. Littéralement et spirituellement. Aslak Tolonen, fondateur du projet, joue de la kantele (sorte de cithare finlandais, popularisé dans le monde du metal notamment par Amorphis et leur classique “My Kantele”). Les didgeridoos, les percussions et les nappes atmosphériques sous forme de bande transforment la prairie en cercle de veilleurs. En tout cas en musique de fond, c’est très agréable.

À 19 h 30, NEUN WELTEN célèbre les vingt ans de son album “Vergessene Pfade". Un dark folk germanique de grande qualité : chant allemand déclamé et évocateur, fingerpicking délicat, arrangements de cordes mélancoliques, atmosphère païenne... C’est très beau. Je connais un peu ce groupe, que j’aime bien écouter de temps à autre le soir au calme en musique de fond. En live et dans ce cadre, ça me fait le même effet ! Je ne suis pas sûr que j’irais les voir en salle s'ils passaient à côté de chez moi mais là, j’apprécie beaucoup. Je suis content à l’idée de les revoir le lendemain dans une version metal.

 

Le soleil commence à se coucher sur les belles montagnes du Sauerland. Et la bière artisanale est toujours aussi bonne ! Et il règne vraiment une atmosphère sereine et un sentiment de bien-être général, accentué par le fait que les organisateurs viennent installer et allumer des bûchers tout autour du public.

À 20 h 45, SIMONE SALVATORI, leader du combo italien Spiritual Front (qui jouera le lendemain) propose un set solo. Là par contre, je n’ai pas aimé, ni aucun de mes compagnons de festival. Je ne suis pas non plus fan de son groupe principal. Il propose une sorte de dark country à laquelle je n’accroche pas. Il ne manque pas de charisme, il a une superbe voix… Mais clairement, ce n’est pas notre kiff ! Après, c’est difficile de critiquer car ça sort complètement de notre univers musical.

Puis, alors que la soirée semblait complète vu qu’aucun autre groupe n’était annoncé après Simone Salvatori, ARTHUR BROWN surgit ! Le God of Hellfire, âgé de 84 ans, est en quelque sorte le parrain du Prophecy Fest où il est présent chaque année. Mais en même temps, dans un lieu où on se sent aussi bien, comment ne pas y revenir dès qu’on peut ? Il arrive dans une sorte de mini-procession, chapeau enflammé signature, pour chanter son classique “Fire”. Puis, accompagné de Martin Koller (le boss de Prophecy Production), il annonce la tête d'affiche de l'édition 2027 : rien moins que Falkenbach, groupe de pagan metal cultissime qui n’a jamais fait un seul concert à ce jour ! La nouvelle traverse la foule comme une décharge électrique, dans une acclamation générale… et les places mises en vente dès le lendemain du festival vont partir comme des petits pains !

Il est relativement tôt (même pas 22h) quand tout ça se termine. Après, on ne va pas s’en plaindre : la journée a été longue et il faut bien prendre des forces car ce n’était que la mise en bouche. Le programme des deux jours qui viennent s’annonce bien chargé… et bien plus metal aussi !

Vendredi 4 septembre 

La journée commence tranquillement même si la météo va s’avérer instable tout au long de la journée. Mais dans une caverne, ça gène moins qu’en open air ! En tout cas, le vieux rêve (depuis que nous avons connaissance de l’existence du Prophecy Fest et de son concept, en tout cas) de faire un festival dans une grotte va enfin s’accomplir.  L’entrée de la Balver Höhle est immense (une bonne vingtaine de mètres de hauteur) et masquée par un immense rideau derrière lequel se trouve la scène. Devant cette dernière se trouve un petit amphi de quatre ou cinq marches et suffisamment de place pour une bonne fosse.

L’intérieur a une forme de Y à l’intersection duquel se trouve un bar (très pratique, avec des serveurs très sympas, des bretzels en prime, et curieusement moins fréquenté que les bars de l’extérieur malgré la météo humide). Après, c’est vrai aussi que quand on est dans une caverne, ça fait du bien de voir de temps en temps la lumière du soleil. Mais quand même, l’eau ça mouille ! Surtout ce vendredi après-midi où il y a eu une grosse pluie avec un vent fort, au point que le festival ait communiqué sur la nécessité pour ceux qui campent de bien s’assurer que leurs tentes soient sécurisées.
Au fond de la grotte sur la droite se trouve une anfractuosité dans laquelle est nichée une deuxième scène. Plus petite, des concerts y ont lieu mais pas systématiquement en alternance avec la scène principale. Par contre, quand c’est le cas, on entend un peu trop les balances des groupes de la scène principale pendant un concert sur la deuxième scène. Autre défaut : l’accès quand il y a du monde, car la forme de la grotte à cet endroit forme une sorte de goulot d’étranglement. Par contre cette scène est très bien niveau son.
Sur le côté gauche, c’est le merchandising, qui est pris d’assaut dès le début du festival. Déjà parce que le design des artistes de Prophecy Productions et du festival est très soigné. En plus, ils ont décidé de faire un tee-shirt du festival global et un pour chaque journée, avec chacun un design différent. Et ils sont vraiment très très beaux ! Mais victimes de leur succès aussi car même en arrivant en début de journée, il n’y avait déjà plus toutes les tailles disponibles.  Et comme le Prophecy Fest n’est pas Wacken, il n’y avait pas de réassort des stocks le lendemain. Idem pour le merch des groupes. Le merchandising est d’autant plus alléchant que les prix sont très raisonnables : entre 20 et 25 € le tee-shirt, on est loin des prix pratiqués en tournée ou dans les gros festivals où les salles comme les festivals prennent un pourcentage sur les ventes. Et un tote bag Prophecy est offert pour tout achat à partir de 50€. C’est l’avantage aussi d’avoir le festival organisé directement par le label, avec donc un intermédiaire en moins à payer !
Une autre raison du rush du début de journée vers le merchandising : c’est aussi là qu’on peut acheter et donc sécuriser un billet pour la prochaine édition du festival. Et l’annonce de Falkenbach motive beaucoup de monde : un tiers du total des places a ainsi été écoulé au guichet le premier jour !

A 15h30, FARSOT ouvre le bal. Les Allemands de l'Est opèrent derrière leurs pseudonymes de chiffres romains, une opacité qui est leur marque de fabrique. Le chanteur X.XIX impose d'emblée une présence spectrale. Le matériel de Life Promised Death, leur quatrième album présenté ici, sature les parois de pierre d'une intensité âpre et tranchante. Les riffs constituent un véritable mur sonore. L’écran qui diffuse des images fractales sur la scène ajoute au côté hypnotique du show, en plus de l’atmosphère mystique qu’a naturellement le cadre de la grotte.
Il y a aussi, dans cette prestation, une forme de dette du groupe envers le public : Farsot devait célébrer ses 25 ans en 2024, mais des problèmes médicaux graves avaient forcé un report. Ils reviennent donc particulièrement motivés et en forme !

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C’est une excellente ouverture, avec une grotte déjà bien remplie pour le passage des Ossis. Il faut dire que le public du Prophecy Fest ne vient pas spécialement pour la tête d'affiche et est présent dès la première note du premier groupe. Le festival a de toute façon toujours communiqué sur le fait que tous les groupes étaient traités de manière égale, quel que soient leur statut ou leur ancienneté, avec un temps de jeu important et de véritables moyens de faire leur show. Le public adhère à cet aspect égalitaire du festival et est donc bien là pour soutenir tous les groupes. Voilà en tout cas une entrée en matière qui fait du bien. Et question son, une confirmation : l’acoustique de la grotte est bien top !

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S’ensuit un groupe norvégien au nom compliqué : DOLD VORDE ENS NAVN. Je n’en avais jamais entendu parler avant qu’ils ne soient annoncés à l’affiche du festival. J’ai écouté et j’ai adoré, et ils faisaient partie des priorités à voir !

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 Le groupe existe depuis 2019 et se compose d’anciens membres de Satyricon, Dødheimsgard, Ulver et Ved Buens Ende. Ils pratiquent un black metal assez direct, agressif et fortement marqué par la scène norvégienne des années 1990, mais avec déjà quelques incursions vers le thrash, le heavy et le punk, sans délaisser complètement la mélodie. Leurs riffs sont très efficaces et on trouve aussi quelques bons passages atmosphériques. Ils ont un nouveau frontman, Simon Peter Hovind (alias Svik), qui livre une superbe performance : il est littéralement possédé par sa musique et sa voix est terrible.

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Le visuel est très simple avec uniquement le logo du groupe affiché sur l’écran en gros, mais l’atmosphère de la grotte de Balve en rajoute énormément. Ca va tellement bien avec ce genre de musique.

 S’ensuit le groupe italien SPIRITUAL FRONT, dont on avait vu le chanteur en solo la veille.  Ils célèbrent le vingtième anniversaire de leur album “Armageddon Gigolo”. On sort complètement du metal. Ils qualifient leur style de suicide pop. Ils mélangent en fait la new wave et le neofolk. Ces deux styles sont loin de me déranger à la base, mais je n’adhère pas à la musique de Spiritual Front. Pourtant, la voix de Simone Salvatori est très belle et il est très charismatique comme frontman.

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En plus, c’est accompagné en image de fond par le  film Mamma Roma de Pierpaolo Pasolini. Italiens jusque dans la peau, comme disait le regretté Claude Barzotti ! Et leur musique va plutôt bien avec les séances du film. Le public suit bien et ça danse pas mal dans la fosse. Mais pour nous, il va être temps de manger et de boire !

  Après un break bien mérité, nous faisons notre première incursion sur la deuxième scène pour y voir les Danois de MAUNAH qui donnent leur tout premier concert en Allemagne. C’est même leur tout premier concert à l’étranger. C'est aussi le concert de lancement de leur album Hjarta. Le groupe arrive droit de la pile de démos du label, dont le boss Martin Koller a eu un véritable coup de cœur pour leur démo “Heimaland”. Ce que j’en avais écouté m’avait bien plu, et ça va se confirmer sur scène. Leur fusion d'instrumentation folk nordique, de doom et de prog démontre une maturité remarquable pour un groupe aussi jeune. On se trouve quelque part entre Anathema et Green Carnation, mais sans jamais tomber dans le plagiat.

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 Les Danois ont déjà une belle identité musicale. Déjà parce qu’une partie des morceaux sont chantés dans leur langue, ce qui apporte une coloration sonore supplémentaire. Et aussi tout simplement, parce qu’ils savent composer. Extrêmement motivés à l’idée de se montrer à un public plus large et de présenter leur premier album, ils sont carrés et montrent une joie d’être sur scène qui contraste avec la mélancolie de leur musique. La réaction du public est à la hauteur, en leur réservant un accueil enthousiaste. Le bassiste du groupe parle allemand et prendra le micro en fin de concert pour remercier le public de l’accueil. C’était génial, et une vraie belle révélation comme on en attend en assistant à un festival underground.

S’ensuit sur la scène principale un groupe que je voulais absolument voir : DYMNA LOTVA de Biélorussie ! Déjà, c'est la première fois que je vois un concert d’un groupe originaire de ce pays. Ce sont des habitués des lieux et ils viennent jouer l'intégralité de leur nouvel album, “Vyraj”, sorti quelques jours auparavant. Ce groupe a une histoire singulière : fondé en 2015 suite à la remise du prix Nobel de littérature à l’opposante biélorusse Svetlana Alexievitch, ce ne sont pas précisément des supporters du dictateur Viktor Loukachenko ni de son suzerain Vladimir Poutine. Et pour cela, ce sont des parias dans leur pays, au point qu'ils aient dû s’enfuir et se réfugier en Pologne. Ainsi leur chanteuse Katsiaryna "Nokt Aeon" Mankevich fait officiellement l'objet de poursuites pénales en Biélorussie. Accusée de cinq chefs d'accusation (dont « activité extrémiste » et « financement du terrorisme »), elle risque jusqu'à douze ans de prison. Le procès par contumace s'est ouvert en août 2026. Voilà pour le contexte, et voilà aussi pourquoi ce groupe mérite un soutien inconditionnel. En plus, leur musique est excellente et originale.

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Le groupe lui-même définit ce qu'il faut comme une fusion de post-black et de doom metal, mais ce qu'il livre va au-delà des étiquettes. La chanteuse Nokt Aeon passe de hurlements qui déchirent la gorge à des complaintes folk slaves traditionnelles, et la transition n'est pas un effet : c'est une canalisation, comme un  exorcisme cathartique de sa souffrance. Dire qu’elle vit sa musique est un euphémisme. Dans la caverne, ses hurlements ricochent sur la pierre, et chaque écho prolonge l'agonie. Problème : les basses ricochent un peu trop sur la pierre elles aussi et le son est donc au final assez brouillon, gâchant certaines finesses de la musique. C'est dommage et c'est d’ailleurs le seul groupe du festival à ne pas avoir eu un bon son. C'était malgré tout un bon concert avec un groupe qui vit sa musique comme si sa vie en dépendait (et on n’en est pas loin, vu leurs soucis avec le régime de leur pays) et une chanteuse au physique très avantageux qui est complètement possédée par ses chansons.

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Au final, c'était très bien mais ça aurait pu être réellement fabuleux. A noter également l’apparition en guest d’Aaron Stainthorpe, ex-chanteur emblématique de My Dying Bride que je n’avais pas reconnu initialement avec son crâne rasé et sa barbe poivre et sel qui lui donnent un look de gentleman anglais ! Et on le verra le lendemain pour un concert spécial…

Un concert qui va être fabuleux, par contre, c'est EMPYRIUM qui entre sur scène pour célébrer les trente ans de son premier album A Wintersunset… Un groupe que j’écoute depuis Where at night the wood grouse plays, un magnifique album acoustique sorti en 1998, pas du tout metal mais auquel la devise du festival, “the home of dark and beautiful music”, est la meilleure étiquette qui puisse le définir. Et puis Empyrium ne peut pas ne pas être présent au Prophecy Fest. C'est quand même pour diffuser leur premier album que Martin Koller a fondé le label Prophecy Production alors qu'il faisait au départ de la VPC. De nombreux albums du label sont d’ailleurs produits dans le studio de leur chanteur, guitariste et homme à tout faire Markus Stock alias Uf-Theodor Schwadorf. Celui-ci, au même titre qu’Arthur Brown qui va jouer juste après, peut être vu comme le parrain du festival. En plus il s’est impliqué dans la confection de la bière artisanale de la soirée d’ouverture. Artiste complet, il fait également des photos de toute beauté, en vente au merch du festival sous forme de calendrier. Je suis assez admiratif de son travail de manière générale. Et c'est grâce à Empyrium que j'ai pu apprécier le dark folk (même si je n’aime pas tout), comme de nombreux metalleux probablement. C'est le genre de groupes qui établissent des ponts entre les styles, qui y excellent et qui font aimer tous les styles qu'ils pratiquent. Depuis longtemps cependant, Empyrium fait des albums 100% acoustiques et Markus Stock a fait du metal avec d’autres projets (notamment Sun Of The Sleepless qu'on verra demain, The Vision Break, Noekk, Ewigheim…). A Wintersunset… , c'est l'époque où Empyrium faisait le meilleur des deux mondes : un mélange génial de black metal atmosphérique et de folk sombre et mélancolique ! Le live dans ces conditions va sublimer des compos à la base magnifiques. Les guitares acoustiques, les claviers solennels, les mélodies doom inspirées par la nature ne se contentent pas de remplir la caverne : elles semblent lui appartenir, comme si la pierre ancienne avait attendu ces notes exactes depuis trois mille ans ! L'émotion dans la salle est palpable. 

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Si A Wintersunset… est au centre du set, Empyrium ne l'a pas joué dans son intégralité : The Yearning et l'instrumental Ordain'd to Thee ont été remplacés par des morceaux issus de la première démo …Der wie ein Blitz bon Himmel fiel et du deuxième album, le non moins splendide Songs of moors and misty fields. Et c'est un très bon mélange ! Des morceaux comme Under Dreamskies, The Franconian Woods in Winter's Silence, Autumn Grey Views retrouvent dans la grotte une résonance organique que nul studio ne pourrait reproduire. Ce magnifique concert a duré une bonne heure qui a semblé faire à peine quinze minutes. Ça faisait des années, que dis-je des décennies que je voulais voir Empyrium. Ils m'ont comblé au-delà de mes espérances !

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Pas le temps de se remettre de cette charge émotionnelle : on passe sur la seconde scène, où NEUN WELTEN propose un set metal exclusif. Leur dark folk habituel prend ici une dimension massive, plus ample avec l’apport des guitares électriques. C'est de la belle musique, incontestablement. Mais ils passent juste après Empyrium, au style similaire et bien plus talentueux. En comparaison, Neun Welten paraît fade. Et au final, nous avons tous préféré ce qu'ils avaient fait la veille en acoustique dans la prairie.

Retour à la scène principale pour ARTHUR BROWN, qui fait figure d’OVNI sur l’affiche alors qu'il y joue à chaque édition. Mais le God of Hellfire n’a-t-il pas été un OVNI tout au long de sa très longue carrière ? À 84 ans, il en a fait des choses ! Il a surtout fait un tube en 1968 avec “Fire” mais son influence sur l’imagerie et la manière de chanter dans le metal est immense. Bruce Dickinson l’a cité parmi ses influences majeures, en particulier dans sa manière de chanter en trémolos avec une voix grave. Et avant Alice Cooper (dont il va assurer la première partie sur les dates britanniques à l’automne 2026) il a popularisé le shock rock grâce à ses spectacles très théâtraux (maquillage, costumes, effets de feu). C’est également lui qui a inventé les corpse paints, avant Kiss et donc bien avant les groupes de black metal. Et c’est en tout cas, au final, l’artiste qui colle le plus à Rockmeeting avec son rock psychédélique bluesy et pêchu directement venu des années 70 en Delorean. C'est un beau contraste avec le reste de l’affiche : pas de distorsion, pas de chant déchiré, et ce n’est même pas dark ! Par contre c’est barré et ça dégage une énergie brute, théâtrale, jubilatoire, qui rappelle que l'ADN du rock'n'roll précède le metal extrême. Brown possède une énergie et un charisme incroyables dont de nombreux musiciens trois fois plus jeunes devraient bien s’inspirer.

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C’est un concert spécial puisque le God of Hellfire célèbre la sortie de son nouvel album Nature. N’étant pas un spécialiste de sa longue discographie, ça ne me pose pas de problème particulier. En maquillage de scène, traversant un kaléidoscope de costumes théâtraux (dont il changera à chaque chanson, tels Mika ou Bruce Dickinson), il commande la scène comme un shaman psychédélique en pleine transe. Sa voix, puissante et d'une ampleur spectrale, rebondit sur la roche ancienne et transforme la caverne préhistorique en club underground des années 70. Avec le morceau “Bursting the bubbles”, les bulles de savon géantes vont voler dans la grotte. Et comme le délire a bien pris dans le public et qu’on est en Allemagne (dark ou non, les metalleux allemands sont toujours de grands enfants !), on va retrouver les bulles de savon tout au long du festival ! Le père Brown n’est pas particulièrement mobile sur scène, mais qui le serait autant à 84 ans ? Il est présent au centre, bien entouré de ses musiciens, il chante de manière fantastique et surtout il arrive à changer de costume entre chaque chanson et ça, c’est quand même remarquable.
Le contraste de ce show très coloré dans tous les sens du terme avec la noirceur des sets précédents est total, et c'est aussi ce qui le rend marquant. Arthur Brown s'est produit devant une grotte pleine de fans de black metal et de goths, et il a captivé et enthousiasmé ce public jusqu'au bout, malgré une musique plus proche du blues rock et du psychédélisme que du metal extrême. 

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Ce sont les Suédois de TIAMAT qui clôturent la soirée en tant que tête d’affiche. Était annoncée une spéciale “Wildhoney”, l'album qui avait historiquement éloigné Tiamat de leur doom death des origines pour engendrer un royaume hallucinatoire de psychédélisme gothique progressif. C’est l’album qui a marqué leur carrière, qui les a fait sortir de l’underground et a d’ailleurs longtemps été la plus grosse vente du label Century Media. Et pourtant, c’est de la publicité mensongère ou en tout cas les organisateurs n’ont pas tout dit : un focus va d’abord être fait sur l’album précédent, “Clouds” ! C’est l’album avec lequel j’ai découvert Tiamat et le doom d’une manière générale, et il a une grosse importance personnelle pour moi. Quand j’entends les premières arpèges de “In a dream”, je suis aussi surpris que ému. Johan Edlund, quand il entre dans la lumière tamisée, a l'allure d'un troubadour glauque et excentrique. Grimé en petit vieux décadent, affublé d’une perruque, de lipstick noir et une canne pliable avec laquelle il s’amuse de temps à autres à taper ses acolytes, il fait sérieusement douter de sa santé mentale. Je n’ai pas souvent vu Tiamat sur scène mais la dernière fois, au Wacken 2022, Johan était en costume et chapeau haut de forme et faisait des blagues décalées avec le public, en jouant une playlist best of. Comme quoi, il sait varier les plaisirs et les thématiques sans jamais oublier d’être théâtral. Et théâtral, il l’est encore plus ici !

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Musicalement, ça enchaîne sur “Clouds” (la chanson), “Smell of incense” (sur laquelle le groupe fait justement brûler de l’encens!) et le grand classique “The Sleeping beauty”... Exactement dans l’ordre des pistes de l’album ! Puis on embraye sur “Wildhoney” comme promis initialement avec également les cinq premiers morceaux joués dans l’ordre donc les fabuleux Whatever that hurts”, “The ar” et “Do you dream of me?”. Après cette dernière, Tiamat jouera quatre morceaux plus récents. Enfin récents… Tout est relatif dans la mesure où le groupe n’a plus sorti d’album depuis “The scarred people” en 2012 soit quand même quatorze ans….A noter que Waldemar Sorychta, le producteur de la plupart de leurs albums qui a participé à la composition d’un certain nombre de titres de “Wildhoney”, était sur scène, masqué derrière les claviers.

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Tiamat a en tout cas parfaitement joué son rôle de tête d’affiche avec un concert spécial dans un lieu spécial. Ce mix de mes deux albums préférés du groupe était fabuleux.

Suite à ça, on ne s’attarde pas trop car il y a bien 20km de routes de montagne entre le festival et notre logement. On a rencontré un faon au milieu d’une route mais sans le percuter, et le trajet s’est déroulé sans histoires. Personne n’a eu de difficultés à s’endormir, en tout cas !

Samedi 5 septembre

On est parti pour la journée la plus dense, qui commence à 13h et se prolongera jusqu'à minuit passé. Il fait très beau, la température est très agréable avec au maximum 22°C en plein soleil… Ce n’est pas très important puisqu’on sera pour l’essentiel sous terre, mais c’est quand même agréable de sortir de temps en temps de la grotte et prendre le soleil !

Ça commence de manière calme et intimiste avec le projet STAINTHORPE DEEKS QUAIL, donc la collaboration inédite entre Aaron Stainthorpe (ex-My Dying Bride), Mark Deeks (Arð) et la violoncelliste Jo Quail pour un show 100% acoustique et d’une grande beauté. Au début, on a quand même un peu de mal à rentrer dedans mais au bout d’une dizaine de minutes d’acclimatation, c’est magique ! Les arrangements complexes insufflent à l'air humide de la caverne une densité émotionnelle remarquable. Le point culminant arrive avec I Almost Loved You : la livraison brute et vulnérable de Stainthorpe, couplée aux cordes plaintives et sanglantes de Quail, crée un écho d'une lourdeur profonde. Encore une fois, la charge émotionnelle est amplifiée par le cadre de la grotte. Pour certains dans le public, des larmes d’émotion sont visibles. Les trois musiciens ont expliqué qu’ils n’avaient jamais eu l’occasion de se rencontrer avant ce concert spécial : en effet, bien que tous les trois anglais, ils résident chacun à des endroits opposés de l’Angleterre de sorte que tous leurs échanges s’étaient faits à distance. Et pourtant, quand on voit l’osmose entre les trois, on n’en a jamais l’impression.

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On se sent en tout cas privilégiés d’avoir pu assister à une telle réunion. Déjà parce que ces trois musiciens ne sont pas n’importe qui. Ensuite parce que c’était magnifique. Et enfin, parce qu’on ne sait pas s’ils auront d’autres occasions de le refaire. C’est aussi ce genre d’événement qui fait l’intérêt du Prophecy Fest.

La beauté mélancolique cède la place au faste théâtral (du moins ça va essayer de l’être…) quand CAMERATA MEDIOLANENSE entre en scène. C’est un ensemble italien fondé à Milan en 1994, qui mêle musique de la Renaissance et du Baroque, néoclassique, darkwave, neofolk et expérimentations électroniques. Ils célèbrent les 30 ans de leur album Campo di Marte. La troupe de musiciens fonctionne comme une guilde d'alchimistes sonores : percussions complexes, voix opératiques envolées chantées comme il se doit en italien, arrangements sophistiqués... La caverne préhistorique se transforme en théâtre antique. Ce n’est certes pas du tout du metal mais sur album, ça dégage quand même une belle puissance. Certains titres peuvent même faire penser à du Therion sans guitares mais avec des boucles martiales et il y a un côté épique vraiment trippant.

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Malheureusement, en live, il va manquer quelque chose. Sur les deux chanteuses, une est très enjouée et a le sens du live, tandis que l’autre est statique et manque de charisme. Il n’y a pas vraiment d’interaction sur scène entre les musiciens, qui sont nombreux, alors même qu’on s’attendait à quelque chose de théâtral. Et puis il y a beaucoup de longueurs. Régulièrement, on en est à se demander quand l’intro se termine… sauf que non, c’est bien le morceau en entier qui est joué ! On a toujours l’impression que ça va décoller, qu’il va y avoir un passage qui pète… Mais non en fait. J’en attendais pourtant beaucoup de ce groupe en live. Je continuerai à les apprécier sur album mais là, c’est plutôt une déception. Après, en tant que metalleux, on n’est pas non plus leur cœur de cible…

Du metal, il y en a sur la petite scène avec le retour de MAUNAH, qui nous avait fait une très belle impression la veille. D’ailleurs, on trouve beaucoup plus de monde dans l’anfractuosité qui mène à la scène et c’est plus compliqué de bien voir. Signe que tout le monde a aimé, donc. Et il faut bien le dire : c’est toujours aussi bon ! L’ambiance générale est d’ailleurs plus festive, avec les bulles de savon et les ballons qui volent, et un bon lien s’est créé entre les Danois et le public.

On va ensuite revenir sur la Main Stage avec DORNENREICH ! Les Autrichiens vont d’ailleurs jouer leur seul concert metal de 2026 (ils enchaînent les tournées acoustiques en Allemagne, Autriche et Suisse ces derniers temps).

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 Formé en 1996 par Eviga, le groupe fête donc ses 30 ans et a passé ces trois décennies à évoluer du black metal mélodique vers un style assez unique, très dark et atmosphérique avec une assise black metal lacée d'acoustique. Et toujours chanté en allemand ! Après leur annulation de 2025 suite à des problèmes de santé du batteur, les Autrichiens sont bien là cette année et ils vont mettre tout le monde d’accord. Ils sont menés par un Eviga en grande forme et heureux d’être là, qui passe des murmures aux hurlements, avec une expressivité presque théâtrale. Il est assisté par Eklatanz, guitariste assez charismatique du groupe de blackgaze allemand Heretoir, qui vient prêter main forte pour les prestations metal de Dornenreich.

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Les riffs sont incisifs, les changements de dynamique particulièrement efficaces et les arrangements au violon apportent un beau contraste. Sept morceaux sont joués avec une majorité issus du deuxième album du groupe, le plus culte : “Her von welken Nächten” ! Et l'atmosphère de la grotte est parfaitement complémentaire de celle dégagée par la musique des Autrichiens, qui bénéficient d'un superbe accueil du public.

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On reste dans le black metal atmosphérique avec SUN OF THE SLEEPLESS ! Lancé en 1999 par Markus Stock d’Empyrium, le projet explore un black metal mélodique, froid et mélancolique, où les atmosphères comptent autant que la violence. Les thèmes de la nature, de la solitude, de la poésie et du romantisme noir occupent une place centrale. On y retrouve plusieurs facettes de Markus Stock : le côté sombre, le goût des ambiances forestières d'Empyrium, mais aussi une approche beaucoup plus agressive, héritée du black metal des années 1990. Le résultat reste personnel, entre black metal traditionnel, mélodies évocatrices et passages atmosphériques. Le groupe est assez rare sur scène mais c’est leur troisième venue à la grotte de Balve. Et on kiffe !

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Le groupe varie les ambiances entre les passages  black metal traditionnels bien énervés, les moments plus mélancoliques et les séquences calmes et hypnotiques. Et c’est encore un groupe dont la musique sied à 100% à l’atmosphère de la caverne. Les mecs sont carrés mais très détendus sur scène.

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Après, le Prophecy Fest est la deuxième maison de Markus Stock (ou peut-être la troisième, parce qu’il a quand même son studio d’enregistrement où il est assez actif!). Un comble pour du black metal : il sourit et il fait des petites blagues sur scène (en anglais parce qu’il pense aux non germanophones). ! Après, on a beau être chez les amateurs de musiques dark, l’ambiance est plutôt détendue et à la fête avec des ballons et des bulles de savon qui volent régulièrement dans le public. En tout cas, tout le monde apprécie le concert à sa juste valeur, conclu par Stock sur un “à l’année prochaine !”  Quel que soit le projet avec lequel il reviendra, ce sera toujours un plaisir.

On enchaîne sur le deuxième scène avec un autre groupe que je tenais à voir : les Biélorusses de HANGOVER IN MINSK, projet parallèle des membres de Dymna Lotva. Leur concept de départ ? Inventer un metal parfaitement adapté à une gueule de bois ! Le nom est à prendre au pied de la lettre : ils sont de Minsk et ils ont souvent la gueule de bois (ce qui apparaît logique vu ce qu’ils vivent). Le projet est né au retour du festival Dark Easter Metal Meeting 2024, pendant un trajet de douze heures entre Munich et Varsovie. Les membres de Dymna Lotva, incapables de se mettre d'accord sur la musique à écouter dans leur état, ont décidé de composer eux-mêmes le style qui leur manquait : le “hangover metal”. Ca parle certes d’alcool mais pas de manière très festive. L’écoute de Hangover In Minsk fait plutôt penser à l’effet d’un lendemain de cuite à la vodka ! On n’est donc pas ici dans une ambiance fête de la bière à l’allemande, à la Tankard ou Onkel Tom : la musique oscille entre black metal dépressif, post-black et cold wave. On y retrouve des guitares mélodiques, des changements d'intensité marqués, des voix claires qui alternent avec des hurlements désespérés et une atmosphère oscillant entre ironie alcoolisée et véritable détresse. Comme la veille avec Dymna Lotva, la chanteuse Nokt Aeon est complètement possédée. Dans le public, les verres se lèvent, les ballons de baudruches et pintes de bières gonflables volent et l'atmosphère bascule du funèbre au festif en quelques accords. C’est aussi décalé que génial ! Initialement, Hangover In Minsk n’était pas prévu mais ils ont dû pallier à l’annulation d’un autre groupe, Klimt 1918. J’aurais certes bien aimé voir le shoegaze sombre et onirique de ces derniers mais je me félicite quand même d’avoir pu voir les Biélorusses.

Après les délires alcoolisés slaves version post-black, on repasse aux choses sérieuses sur la scène principale. On entendait un peu les balances entre les morceaux de Hangover In Minsk et on se doutait que ça n’allait pas trop rigoler : avec MISþYRMING, c’est le rouleau compresseur islandais en bonne et due forme !

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Venant du paysage volcanique des environs de Reykjavík, ils ont gagné une certaine respectabilité sur la scène black metal moderne. Au point que Nergal les a engagés pour son projet Sventevith, tête d’affiche de ce soir, pour jouer l’intégralité du premier album de Behemoth plutôt que de le faire sous le nom de Behemoth avec le line-up actuel. C’est l’un des seuls groupes de l’affiche à ne pas être signés chez Prophecy (mais ça viendra peut-être prochainement ?), mais le festival fait aussi un bon coup double en faisant jouer deux fois les mêmes personnes sur deux projets différents. Comme pour Empyrium et Sun Of The Sleepless ou Dymna Lotva et Hangover In Minsk, sauf que pour ces groupes c’était réparti sur deux jours alors que là, à peine quatre heures séparent les deux prestations. Et ça va dépoter ! Ils arrivent en tenue de camouflage avec leurs peintures de guerre et ils balancent tout. Leur présence live, féroce et totalement sans compromis, ne laisse aucune tête immobile.

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Le son est si dense et si intense qu'on se demande comment les murs anciens de la grotte tiennent face à la tempête venue du Nord. Et dans toute cette violence, il y a quand même de la musicalité et un peu de mélodies de temps à autre. Et en plus d’être musicalement très efficaces, les Islandais ont une présence scénique de folie. A la fin, on est tous groggy après une telle déferlante !

On va se remettre de cette énorme mandale avec SLEEPING PULSE, qui est beaucoup plus calme. Le festival a quand même bien fait son running order ! Formation anglo-portugaise, menée par Mick Moss (Antimatter, ex-Anathema et grand habitué du Prophecy Fest) et le guitariste Luís Fazendeiro (Painted Black), c’est leur tout premier concert. Ils avaient bien sorti un premier album, Under the Same Sky, en 2014. Cet album avait été bien accueilli par les fans d’Anathema (dernière période) et d’Antimatter mais ils n'étaient jamais montés sur scène. Alors qu'un second album était attendu, le projet subit un coup d'arrêt. Mick Moss a consacré son temps aux tournées et albums d'Antimatter (notamment The Judas Table et A Black Pulse), tandis que des contraintes de vie et d'agendas personnels ont éloigné les deux musiciens de leur projet commun pendant près d'une décennie. Pendant la période de confinement, le duo reprend contact et compose à nouveau à distance, peaufinant une matière sonore encore plus riche et introspective.  Dreams & Limitations sort finalement en juin 2026 (Prophecy Production n’impose pas de sortie bisannuelle à ses artistes, et il faut s’en féliciter et les en féliciter!) et Sleeping Pulse le présente en intégralité au public ouest-allemand. Et c’est beau ! Ca faisait TRES longtemps que je n’avais pas vu Mick Moss sur scène (en fait je ne l’avais même pas reconnu!) et sa voix est toujours sublime, pleine d'émotions.

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Luis Fazendeiro a un énorme feeling à la guitare. Sleeping Pulse pratique un rock progressif sombre et rempli d’émotions. Si le festival Ready For Prog à Toulouse décidait de continuer l’aventure, ce groupe y aurait toute sa place.

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Le public, qui vient de subir l'assaut impitoyable de Misþyrming, accueille cette respiration mélancolique comme une décompression bienvenue et Sleeping Pulse part sous une ovation générale.

A la deuxième scène, PARAGON OF BEAUTY joue un set en deux parties qu’on regardera un peu en filigrane. La faute surtout à la difficulté d’accéder à la scène et de voir dans de bonnes conditions. Et puis comme personne de nous quatre ne connaissait vraiment, ce n’était pas une priorité et c’est l’heure de manger ! Assis sur un banc dans la grotte, on entend en tout cas très bien et c’est vraiment sympa. Groupe allemand originaire de la Sarre, en activité depuis 1994, ce groupe fait partie des premières signatures du label. Absents depuis des années, ils se reforment pour une ultime fois avec leur line-up original. Ils continueront donc vraisemblablement et pour les fans, ça doit donc être un grand moment. Perso, j’étais passé complètement à côté ! Paragon of Beauty va jouer deux sets (entrecoupés par celui de Secrets Of The Moon sur la main stage), l’un à 20 h 15 et l’autre 21 h 45 qui  clôt le festival sur la seconde scène. Leur musique oscille entre le doom mélodique et gothic rock, avec quelques éléments dark folk en prime. C’est plutôt sympa et accrocheur, comme une rencontre entre Moonspell, Paradise Lost et Empyrium. On regardera ce groupe de plus près lors de la seconde partie de leur show.

Mais d’abord, retour sur la scène principale pour voir la réunion de SECRETS OF THE MOON ! Le groupe de black metal allemand, officiellement retiré de la scène depuis 2022, se réunit dans sa formation classique avec le batteur originel T. Thelemnar et le bassiste Daevas, ainsi que les guitaristes AR et sG. Tout ça pour une restitution spéciale du vingtième anniversaire de leur album culte Antithesis (2006), joué dans son intégralité. Cet album est encore considéré comme une pièce importante de la scène black metal allemande dans son ensemble. Le groupe avait tenu à préciser qu'il ne s'agissait pas d'une reformation mais d’un show ponctuel consacré à un album culte avant adieu définitif. La prestation comble l'espace entre le black metal traditionnel, froid et mordant, et le style avant-gardiste et sombre qui définirait leur carrière ultérieure. Le poids immense, monolithique, qui se dégage de cette musique rappelle au public pourquoi Antithesis reste l'un des piliers de la musique extrême allemande.

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L'ovation qui accueille Thelemnar derrière son kit est longue, appuyée : la salle sait qu'elle assiste à un moment qui ne se reproduira probablement pas. A titre personnel, j’avais découvert ce groupe bien après Antithesis. Ils avaient ouvert à l’époque à Toulouse, au Bikini, pour Behemoth en 2017. Ca avait été une belle découverte. J’ai écouté cet album depuis. Je garde un préférence pour le côté plus avant-gardiste de la suite, mais c’est quand même bon. Et sur scène, ça dégage une force obscure incroyable, sublimée par les images occultes diffusées à l’écran et par le cadre de la grotte. Si c’est vraiment un adieu, en tout cas, c’en est un beau !

Deuxième partie du set de PARAGON OF BEAUTY sur la deuxième scène. Cette fois, on essaie de voir de plus près et on y arrive ! C’est franchement pas mal. Ils ont d’ailleurs un bon noyau de fans, notamment un groupe d’Italiens qui sont à fond. Et c’est sur cette note paradoxalement aussi mélancolique que festive que se concluent les concerts sur la petite scène. Un coin de la grotte très agréable quand il n’y a pas trop de monde, donc, mais qui est trop petit quand plus de 200 personnes s’y amoncellent.

Retour sur la scène principale pour THE 3RD AND THE MORTAL, l’une des têtes d’affiche du festival. Pionniers norvégiens du gothic metal à chant féminin, ils font leur grand retour sur scène après une très longue pause. Ils ont annoncé une setlist basée sur Sorrow et Tears Laid In Earth, deux albums qui ont tracé la voie du metal atmosphérique féminin. La chanteuse Kari Rueslåtten est une influence majeure pour toute une scène, avec Liv Kristin à l’époque de Theatre Of Tragedy. Sans ces chanteuses au milieu des années 90, il n’y aurait peut-être pas eu de Within Temptation, Nightwish ou Lacuna Coil. Ces groupes ont eu plus de succès, mais la voie leur avait été ouverte.  Pour une partie du public, c'est l'occasion de découvrir la racine de l'arbre généalogique du metal symphonique. Mais personnellement, je ne suis pas fan.
Certes, je ne suis pas fan de metal symphonique à chanteuses de manière générale… ou plus ! Je l’ai quand même été pendant quelques années, justement à la fin des années 90 et au début des années 2000. Quand les voix féminines dans le metal étaient relativement rares et surprenaient. Quand les sorties du genre étaient inspirées. J’ai été et je demeure très fan de Theatre Of Tragedy, du Nightwish première époque, du Within Temptation jusqu’à “Mother Earth”, de The Gathering… Mais étonnamment, et contrairement à beaucoup de gens de mon âge ayant découvert le metal à chant féminin à ses débuts, je n’ai jamais été fan de The 3rd and the Mortal ! Ça ne m’a jamais vraiment touché. J’attends quand même de voir ce que ça va donner sur scène… Et ce n’est définitivement pas pour moi ! Attention cependant : il n’y a rien à reprocher au groupe. Kari a une voix absolument magnifique et sans bouger énormément sur scène, elle a une vraie présence, un vrai charisme ( ou un Karisme… hahahaha !).

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Mais les compos ne me parlent pas. En revanche, la majorité du public répond présent : pas d'agitation, pas de pogos, mais une écoute suspendue, hypnotique, des visages tournés vers la scène comme vers une apparition. Quand la dernière note s'éteint, c’est l’ovation générale. Mais personnellement, je ne suis pas convaincu.

 

A minuit c’est l'heure du rituel final avec SVENTEVITH. Adam « Nergal » Darski, frontman de Behemoth, rejoint Misþyrming pour interpréter dans son intégralité Sventevith (Storming Near the Baltic), le premier album de Behemoth paru en 1995. Cet album étant inécoutable tant la production est roots (sauf pour les fans de black les plus true, bien entendu), c’est une bonne idée de le remettre au goût du jour. C’est bizarre que ce ne soit pas sous le nom de Behemoth mais les membres de Misþyrming ont montré un peu plus tôt dans la journée que c’étaient des tueurs. C’est un projet monté juste pour la tournée des festivals de l’été 2026. Je les avais vus un mois plus tôt à Wacken et j’avais trouvé ça très bon. Ils avaient le gros son, un light show fabuleux, bref une belle mise en scène même si ce n’était pas sur l’une des main stages. A Balve, le cadre est tout à fait différent pour la dernière date de la tournée. Déjà, c’est plus intimiste ! On est loin de la scène d'un gros festival et il y a aussi cinq fois moins de monde présent. Le show est également bien plus sobre visuellement. Mais l’atmosphère de la grotte rattrape tout. Et surtout, je n’ai jamais vu Nergal aussi en forme. Courant partout, complètement possédé, on se demande s’il n’a pas sniffé un rail de coke avant de monter sur scène. Habituellement avec Behemoth, il prend des poses assez théâtrales et c’est plutôt calculé. C’était d’ailleurs aussi le cas avec Sventevith à Wacken. Là, il n’y a plus aucun calcul : Nergal se lâche complètement.

prophecy fest 2026 3 5 septembre balver hoehle allemagne

 Il dégage une énergie maléfique incontrôlable, courant partout et grimpant à plusieurs reprises sur les enceintes devant la scène pour se rapprocher du public.  Peut-être est-ce l'effet de la dernière date ? Soutenu par son équipe islandaise qui n’est pas redescendue après sa prestation de l’après-midi et qui en redemande, on va avoir droit à une grosse heure de black metal épique polonais en mode rouleau compresseur. Misþyrming nous avait écrasés dans l’après-midi, ils en remettent une couche le soir avec l’aide de Nergal, et c’est sur cette énorme tuerie que se termine le Prophecy Fest.

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On savait que ce serait un bon concert, pour l’avoir déjà vu, mais personne n’avait imaginé une telle déferlante.

On ne va pas trop s’attarder dehors car, le Sauerland étant une région montagneuse, il y fait froid la nuit : la température est tombée à 8°C, chose impensable début septembre quand on vit dans le sud-ouest de la France (et le retour à Toulouse sera assez violent en termes de choc thermique avec une température de 37°C à l’arrivée !).

Voilà pour cette première expérience du Prophecy Fest, qui en appellera probablement d’autres dans le futur. Cela faisait longtemps que nous voulions le faire et nous n’avons pas été déçus. Ce festival est une expérience à faire absolument. Au-delà de la musique, de l’affiche… On y trouve un côté familial, un sentiment de bien-être général dans un cadre fabuleux. La grotte n'est pas seulement un beau décor. Son acoustique naturelle capte, amplifie, prolonge. Elle adoucit les extrêmes et donne du poids aux délicatesses.  L’organisation a été absolument sans faille et les conditions techniques au top. Les prix étaient également tout à fait raisonnables, bien loin de ce qui se pratique dans les gros festivals. Et puis quand les tee-shirts sont à 20€ ou 25€ au lieu de 35€, on peut en prendre plus ! Et puis avec tous ces concerts particuliers, entre reformations, concerts d’adieu, setlist anniversaires, albums joués en exclusivité… On a vraiment l’impression que le festival veut faire des cadeaux à ses visiteurs!
Preuve que tout s’est bien passé : les pass pour l’édition 2027 ont été épuisés en moins de 48 heures. Certes, il y a l’effet Falkenbach mais pas que. Le Prophecy Fest possède une identité particulière qui va au-delà de la simple affiche, et quand tout se passe aussi bien que pour cette année, le gens n’ont qu’une seule envie : y retourner ! En tout cas, nous espérons bien en être en 2027 !

Estelle, Delphine, Pierre et Alex

walt
Pierre31

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PROPHECY FEST 2026, 3 - 5 septembre, Balver Höhle, Allemagne - 4.0 out of 5 based on 1 vote

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