
C’est avec une profonde tristesse que la famille de Sass Jordan annonce le décès de la chanteuse, auteure-compositrice, lauréate d’un prix Juno et juge de longue date de l’émission « Canadian Idol », survenu paisiblement le 2 octobre 2026, entourée de ceux qui l’aimaient le plus. Elle était âgée de 63 ans, selon son attaché de presse.
Sa famille se souvient d’elle comme d’une « force de la nature inimitable » et d’un « être de lumière et de joie irremplaçable », une femme dont la générosité et la fougue ont marqué tous ceux qui ont partagé la scène, le studio ou une table de cuisine avec elle. En quatre décennies, elle a offert au rock canadien l’une de ses voix les plus reconnaissables, s’est taillé une place dans un genre longtemps dominé par les hommes et a ouvert des portes aux jeunes musiciens passés par ses groupes.
Née Sarah Jordan le 23 décembre 1962 à Birmingham, en Angleterre, elle était la fille d’Albert Jordan, professeur de littérature française, et de Jean Lanceman, ancienne danseuse de ballet anglaise. À l’âge de trois ans, elle a quitté la France avec sa famille pour s’installer à Montréal, où son père avait obtenu un poste de professeur à l’Université Concordia. La musique classique imprégnait le foyer familial ; c’est pourquoi entendre la chanson « The Night They Drove Old Dixie Down » du groupe The Band à la radio a constitué pour elle une véritable révélation. Voir David Bowie lors de sa tournée « Diamond Dogs » — son tout premier concert — a scellé son choix de carrière.
Au début de son adolescence, elle chantait et jouait de la guitare avec des amis dans le parc Westmount. À 16 ans, elle se produisait déjà en tant que chanteuse principale dans des clubs du centre-ville de Montréal, avant de devenir chanteuse et bassiste pour The Pinups, un groupe très apprécié localement. Vers 1981, un jeune imprésario nommé Simon Fuller, bloqué à Montréal après que l’un de ses groupes en tournée s’est retrouvé à court d’argent, a vécu deux semaines dans le sous-sol de la maison familiale. Leurs chemins allaient se croiser à nouveau deux décennies plus tard.
Elle puisait son inspiration dans un répertoire d’une diversité remarquable, allant de Rod Stewart, Judas Priest, Ozzy Osbourne, Tears for Fears et Anthrax jusqu’à Al Green, Bonnie Raitt, Chaka Khan, Gladys Knight et Aretha Franklin. Elle a étudié tout particulièrement les grands chanteurs de rock, notamment Steven Tyler, Robert Palmer, Paul Rodgers, Lou Gramm, Robin Zander et Lowell George (du groupe Little Feat), estimant que « c'est le sens du rythme qui fait un grand chanteur ».
Sa carrière discographique a débuté en 1986 lorsqu'elle a partagé le chant sur le titre « Come On (Baby Tonight) », extrait de l'album *Mauve* de Bündock. Elle est rapidement devenue une choriste de studio très sollicitée à Montréal, participant notamment au succès du titre « L'Affaire Dumoutier (Say To Me...) » du groupe The Box, et apparaissant dans le clip de leur chanson « Closer Together ». Ses talents d'auteure-compositrice ont également trouvé leur public, Michael Breen ayant propulsé sa composition « Rain » dans les classements canadiens en 1987.
Atlantic Records a publié son premier album solo, *Tell Somebody*, en 1988 ; la chanson-titre a atteint la 11e place des classements au Canada.
« Le clip de "Tell Somebody" passait en boucle sur Much Music », se souvenait-elle. « Je me rappelle être passée, en l'espace de deux semaines, d'un relatif anonymat au statut de "fille du clip" que l'on reconnaît dans la rue. » L'album a également donné naissance aux titres « Double Trouble », « Stranger Than Paradise » et « So Hard », tandis que sa reprise du classique R&B de 1965 « Rescue Me » — enregistrée pour la bande originale du film *American Boyfriends* — figurait elle aussi dans les classements. Elle a remporté le prix Juno de la « chanteuse la plus prometteuse » en 1989 et a par la suite été nommée dans la catégorie « Meilleure chanteuse » en 1990, 1993 et 1995.
Après s'être installée à Los Angeles en janvier 1990, elle a enregistré l'album *Racine*, sorti chez MCA Records le 31 mars 1992. Ce disque est devenu l'album phare de sa carrière, s'écoulant à environ 450 000 exemplaires dans le monde — dont 100 000 au Canada — grâce aux titres « Make You a Believer », « I Want to Believe », « You Don't Have To Remind Me » et « Goin' Back Again », suivis de « Who Do You Think You Are » en 1993. « Make You a Believer » a atteint la 11e place du classement *Mainstream Rock* de Billboard, et le magazine l'a désignée meilleure artiste rock féminine de l'année 1992. Cette même année, après que Kevin Costner a entendu sa voix à la radio de sa voiture, elle a enregistré le duo « Trust In Me » avec Joe Cocker pour la bande originale du film *Bodyguard*, un album vendu à plus de 45 millions d'exemplaires. Elle a effectué des tournées aux côtés d'Aerosmith, des Rolling Stones, d'AC/DC et de Van Halen.
Derrière la batterie de son groupe de tournée se trouvait Taylor Hawkins, alors âgé de 22 ans, qui allait par la suite rejoindre les Foo Fighters.
« Sass m'a appris ce qu'était la vie dans un groupe de rock 'n' roll et m'a versé mon premier cachet de rockeur », a-t-il déclaré.
En 1994, elle a sorti *Rats*, l'album qu'elle a toujours considéré comme son préféré. L'album a donné naissance au titre « High Road Easy » — classé neuvième au Canada — ainsi qu'à « I'm Not » et « Sun's Gonna Rise » ; ces derniers ont atteint la septième place dans son pays natal et lui ont permis de faire sa première apparition au classement Billboard Hot 100.
Sous le label Aquarius Records, elle a sorti l'album « Present » en 1997 — incluant « Do What I Can » et le succès « Desire » (1998) — suivi de « Hot Gossip » en 2000. En 2001, elle s'est produite lors du spectacle de la mi-temps de la Coupe Grey aux côtés de Michel Pagliaro et a incarné Janis Joplin dans la production off-Broadway « Love, Janis ». Elle a également joué dans les productions de Toronto et de Winnipeg de la pièce « Les Monologues du vagin » et a fait une apparition en tant qu'invitée dans la série « Sisters » sur NBC.
En 2003, elle a rejoint le jury de l'émission « Canadian Idol » en tant que seule femme du panel et y est restée durant les six saisons, retrouvant ainsi le créateur de l'émission, Simon Fuller, vingt ans après leurs débuts dans les sous-sols montréalais. Carly Rae Jepsen et Melissa O'Neil figuraient parmi ses candidates favorites. Cette expérience l'a incitée à retourner en studio pour l'album *Get What You Give* (2006), produit par Colin Linden à Nashville, avec la participation d'invités tels que Garry Tallent (du E Street Band de Bruce Springsteen), les batteurs Ken Coomer et Bryan Owings, le guitariste Audley Freed (des Black Crowes) et le claviériste Richard Bell (du groupe The Band).
Son mari, le musicien Derek Sharp, a produit l'album *From Dusk 'til Dawn* (2009), enregistré en trois semaines.
« Je réfléchissais à la façon dont les êtres humains semblent plus sensibles et inquiets entre le coucher et le lever du soleil », a-t-elle expliqué. « C'est dans la solitude que la peur de la mort nous frappe vraiment ; j'essayais donc d'écrire des chansons liées à ces angoisses nocturnes. »
En 2011, elle a retrouvé Brian Tichy — avec qui elle avait collaboré sur le titre « Rats » — au sein du groupe S.U.N. pour l'album *Something Unto Nothing*, aux côtés de Michael Devin et Tommy Stewart (de Whitesnake), en commençant par la première chanson qu'ils avaient écrite ensemble, « Burned ».
De 2012 à 2016, elle a occupé la fonction de colonel honoraire du 417e Escadron de soutien au combat. Le 9 juillet 2015, elle a rejoint les Foo Fighters sur scène à Toronto pour interpréter « Stay With Me » des Faces, partageant ce moment avec Taylor Hawkins, tandis que Dave Grohl déclarait au public : « Sans Sass Jordan, Taylor Hawkins ne ferait pas partie des Foo Fighters. » Elle a célébré le 25e anniversaire de l'album qui l'a révélée au grand public avec *Racine Revisited* (2017), enregistré en prise directe avec une équipe de musiciens de haut vol dans un esprit typique des années 1970 ; elle a qualifié cette expérience de moment « le plus amusant passé en studio depuis longtemps ». En 2019, elle a parcouru le monde avec la tournée *A Bowie Celebration: The David Bowie Alumni Tour* de Mike Garson, se produisant aux côtés des musiciens de son idole d'enfance ; elle a décrit cette aventure comme le fait d'« interpréter une lettre d'amour à sa mémoire chaque soir ». En 2020, l'album *Rats* a fêté son propre 25e anniversaire avec une réédition en vinyle couleur.
Son incursion dans le blues lui a valu certaines des meilleures critiques de sa carrière. *Rebel Moon Blues*, sorti chez Stony Plain Records en 2020, s'est classé cinquième dès sa sortie au palmarès *Billboard* des albums de blues et comprenait « The Key », une composition originale écrite avec Derek en une heure seulement.
« Quand les choses doivent se faire, tout coule de source », a-t-elle déclaré.
Le 3 juin 2022, elle a sorti *Bitches Blues*, son dixième et ultime album studio. Ce disque de huit titres constitue une réflexion sur la pandémie et le climat d'incertitude qui a suivi, incluant les compositions originales « Change Is Coming », « Still The World Goes Round » et « Still Alive And Well ». Son groupe, les CHAMPAGNE HOOKERS, réunissait les guitaristes Chris Caddell et Jimmy Reid, la batteuse Cass Pereira, le claviériste Jesse O'Brien ainsi que Steve Marriner à la basse et à l'harmonica. L'album a atteint la 15e place du classement *Billboard* des albums de blues.
« Le blues a toujours été un fil conducteur tout au long de ma carrière ; la musique vers laquelle je me suis le plus naturellement tournée a toujours possédé cette veine brute et authentique, ancrée dans les racines du genre. C'est pour cela que je prends autant de plaisir à réaliser ces albums », confiait-elle à l'époque. Le 28 avril 2023, elle a sorti *Live in New York Ninety-Four*, un enregistrement de concert avec Taylor Hawkins à la batterie, qui s'ouvre sur une version *live* de « High Road Easy ».
Son goût pour la fête s'est également traduit par la création du whisky *Rebel Moon* (un *blend* canadien élaboré avec Dixon Distilleries) et du vin *Kick Ass Sass* (produit par Vineland Estates Winery, dans la région du Niagara).
« Si vous aimez la musique et que vous êtes dans le métier depuis aussi longtemps que moi, vous faites tout simplement ce qu'il faut faire », a-t-elle déclaré un jour. « Mais j'aime la musique. Je suis une fan absolue, une fan inconditionnelle. »
Sass Jordan laisse derrière elle un répertoire qui a marqué le rock canadien de la fin des années 80 et des années 90 — une époque de renouveau du blues durant laquelle sa voix s'est enrichie à chaque album — ainsi qu'une génération d'artistes (des candidats d'émissions comme *Idol* jusqu'à un futur membre des Foo Fighters) qui ont appris à ses côtés ce que signifie donner tout son cœur à une chanson.
Elle laisse dans le deuil son époux, Derek Sharp ; sa fille, Stella Jordan-Sharp (Daniel Yepes) ; sa belle-fille, Brianne Sharp ; et son frère, Daniel Jordan (Isabelle Courville).
La famille demande que son intimité soit respectée durant cette épreuve et remercie les fans du monde entier pour l'amour et la musique partagés avec Sass tout au long de sa vie remarquable.
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